Alors provoc ou paradoxe ?

C'est bien au delà des apparences, qu'encore une fois, Institut Émergences souhaite nous entraîner sur le chemin de la réflexion décalée. Surprendre pour ouvrir aux entreprises une nouvelle piste de recherche sur un sujet tabou qui porte en lui tous les stigmates négatifs : l'échec.

Zoom sur la réflexion de Jean-Pascal Farges qu’il livre avec sa faconde habituelle, les yeux rieurs et le geste ample.  Pas de note, pas de prompteur.  Juste un face à face qui paraît spontané, le fruit de l’improvisation savamment maîtrisée.  Il nous entraîne avec saveur sur la piste étymologique.   Échec en vieux français signifie butin.  Tiens donc!  Je vais pouvoir briller en société.  Il nous ramène sur la piste originelle du sentiment de culpabilité face à une situation d’échec.  L’homme ayant fait échouer selon les écritures le projet de Dieu, se retrouve ainsi depuis des millénaires, condamné à se sentir coupable.

Quelques exemples extraits de l’Histoire m’apprennent que de son vivant, Nietzche, n’a jamais trouvé d’éditeur et qu’il n’a jamais cependant cessé d’écrire.  J’ai un peu la tête qui tourne avec ce voyage éclair dans le passé et ces illustrations tangibles de la réussite dans leur échec initial: Christophe Colomb, Galilée, Karl Marx, Picasso.

Mais je retiens sa recommandation finale: «il faut apprendre à désaffectiver l’échec, à transformer notre passé en histoire, à considérer les échecs de notre vie car si on ne peut pas apprendre dans la vie c’est mortifère. 

Perso, les échecs j’en ai connus mais jamais je n’avais pensé à considérer mon passé en histoire.  Une piste intéressante à suivre.

Un verre d’eau et le relais est transmis à notre champion olympique.  Lui, c’est l’incarnation de la victoire, le Zeus du mont Olympe, le Chantre des exploits couronnés d’or.  Que va-t-il donc bien pouvoir dire sur l’échec?  Suis curieuse et encore plus intriguée.

Il se tient, humble et posé, je dirais presque en retrait de l’image que je me fais d’un champion du monde.  D’emblée il annonce la couleur: trois échecs qui ont marqué sa vie.

Avec un rien d’humour il évoque son premier échec à l’adolescence.  En situation d’échec scolaire à 14 ans il est convoqué par une conseillère d’orientation.  A la traditionnelle question mais qu’allez-vous faire comme métier, il répond spontanément: «Je m’ennuie chaque jour en classe, moi je veux faire du ski.» Du haut de ses 14 ans le jeune écolier se sent seul. Il devait désormais donner des priorités à sa vie.  Ce serait le sport et les compétitions.  5 ans après cette prise de décision il devient champion du monde. L’échec initial lui a permis de choisir une autre voie, celle de la victoire. 

Deuxième vécu d’échec à 23 ans.  A l’hôpital, un genou brisé, se pose la question du retour sur les pentes.   Malgré la douleur il décide de rechausser les skis.  C’est toujours avec humilité qu’Edgard Grospiron nous raconte sa troisième situation d’échec.  Un conflit entre ses valeurs sportives et son vécu au sein du comité des JO d’Annecy.  Ne pouvant pas suivre ses principes il donne sa démission d’un poste prestigieux.  Ce champion aussi à l’aise sur ses skis qu’en conférence, nous confie sans détours sa conclusion: «l’échec c’est la meilleure occasion de réaliser quelque chose, un moyen d’aller plus loin pour pouvoir rebondir plus tard.  Finalement, ces situations sont des occasions d’apprendre.»

Dernier regard décalé sur l’échec avec une brillante démonstration de Matthieu Sinclair, illusionniste.

Je ne lève pas le voile sur son tour mais retiens sa conclusion: «Le moment que nous qualifions d’échec, c’est nous qui décidons d’en faire un point final, alors que cela peut être une simple virgule.» C.Q.F.D.

La parole de la fin revient à Valérie Boisgelot. Une synthèse claire qui donne envie de s’inscrire à ce nouveau programme de formation sur les bienfaits de l’échec!

 

Christiane Aznar